Conseil de Paris juin 2018

Le mois Parisien du Handicap

Cette année le  "Mois extraordinaire" change de nom devenant ainsi "Le mois parisien du handicap".

Il n'y a en effet rien d'extraordinaire à se consacrer à la question essentielle du handicap. Et les personnes handicapées sont des contribuables comme les autres, des consommateurs comme les autres, des enfants ou des parents comme les autres. Ils veulent juste pouvoir étudier, travailler, se promener, se loger, voyager, prendre un verre, voir un spectacle comme les autres.  Ils veulent que ce soit possible.

La loi de février 2005 pour « l'égalité des droits et des chances, la participation à la citoyenneté des personnes handicapées » dit déjà tout dans son titre. Mais, visiblement, cette loi a été trop bien écrite ou était-elle trop ambitieuse ? Visiblement, elle gêne aux entournures. Force fut de constater en 2015 que nous n'étions pas au rendez-vous fixé par la loi. Les établissements privés et les collectivités ont eu de 3 à 9 ans supplémentaires pour se mettre en conformité avec la loi, et aujourd'hui encore avec la loi Elan, on révise, on amende et on fait marche arrière.

De 100 % de logements accessibles dans les nouvelles constructions comme le prévoit la loi 2005, l'Assemblée nationale nous fait reculer d'un bond de 90 %, à moins que le Sénat ne vote autrement, et je compte sur les sénateurs de Paris de tous bords. Il n'y aurait plus que 10 % de logements accessibles dans le neuf !

La Ministre est soit trop optimiste en imaginant que le handicap sera un vieux souvenir dans les années qui viennent, soit inconsciente des vrais problèmes.

Les associations ont raison de s'inquiéter, elles imaginent déjà les scenarii : entre un locataire valide et un locataire handicapé qui demanderait des travaux de mise en accessibilité, quel serait le choix du propriétaire ? Forcément le plus facile !

Quant aux personnes qui vivent dans un logement, mais qui au cours de leur vie vont être atteintes de sclérose en plaque, avoir un enfant handicapé à la naissance, être victimes d'un AVC avec séquelles, que leur dira-t-on ? "Patientez, nous allons faire quelques travaux, ou allez à l'hôtel en attendant".

Oui, c'est la situation que nous vivons aujourd'hui. Ce n'est justement pas la société pour tous que nous voulons construire. Il est temps de changer les mentalités, car cela se retrouve hélas à tous les niveaux.

Je pense à cet ami handicapé se déplaçant en fauteuil, qui me racontait qu'arrivé en gare terminus, il a dû attendre un très long moment, manquant ainsi un rendez-vous professionnel avant que l'on vienne l'aider à descendre du train et qu'on lui dise de surcroît "estimez-vous heureux que l'on soit venu".

Je pense à cette maman qui vivait au 4e étage sans ascenseur et qui ne pouvait plus monter avec son bébé handicapé devenu grand dans les bras.

Je pense à cet étudiant en journalisme qui s'est vu refoulé d'une université parisienne non pas pour ses résultats, mais pour cause de non-accessibilité.

Je pense à ce père d’un jeune homme autiste qui m'écrit chaque semaine pour me dire que mon vœu sur le P.A.M. 75, malgré un vote à l'unanimité en Conseil de Paris, n'a pas été suivi d'effet.

Je pense à cette dame qui nous dit qu'en cas de bus bondé, elle n'a pas le droit de monter avec son fauteuil roulant.

La liste est longue. C'est en nous mettant à leur place que nous pourrons mieux agir, c'est le sens du Conseil local du handicap que j'aurai l'honneur d'inaugurer le 15 juin prochain en mairie du 4e arrondissement.

La loi 2005 est une très belle loi, ne la freinons pas, ne l'édulcorons pas. Respectons-la, défendons-la. Merci.