Intervention en conseil de Paris 07/18

Liberté égalité fraternité

Hier, lors de la cérémonie d'entrée au Panthéon de Mme Simone Veil, nous avons pu voir et entendre les jeunes choristes chanter "Nuit et brouillard" de Jean Ferrat, sous la direction de la brillante Sarah KONÉ. Ces collégiens du collège François Couperin du 4e arrondissement ont non seulement chanté, mais comme certains l'ont dit, fait danser les mots par leur interprétation en langue des signes.

Je me suis dit qu'un combat parmi les nombreux que nous devons encore mener pour le handicap avait été gagné. Les générations futures sont mobilisées.

"Liberté, égalité, fraternité" avait tant de sens pour Simone VEIL, qui a porté la loi de 1975 sur l'intégration des personnes handicapées, texte fondateur des politiques du handicap, quel beau symbole, et aujourd'hui le combat continue.

Oui, liberté pour les personnes handicapées de pouvoir se loger où elles veulent, se promener sans entraves dans Paris, dans des rues éclairées, sans obstacles, prendre un bus aux heures de pointe, et qui sait un jour le métro pour entrer et sortir à la station de son choix, grâce peut-être à l'accélérateur que seront les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024. Ce serait une avancée majeure en termes de mobilité.

Oui, égalité pour vivre comme les autres, travailler, étudier, sortir, aller au théâtre, dans les musées et même flâner.

Fraternité dans le regard des autres, dans le discours des autres. Ne plus entendre : "on ne va tout de même pas réduire l'espace de son magasin pour permettre aux fauteuils d'y circuler" comme je l'ai entendu, ou : "on ne va tout de même pas faire des salons plus petits pour rendre une salle de bain accessible" comme nous l'avons entendu.

Je veux remercier, moi aussi, la Maire de Paris qui a demandé aux bailleurs sociaux de Paris de maintenir l'obligation de mise en accessibilité de 100 % des logements neufs qu'ils produisent.

C'est une mesure indispensable pour faciliter l'accès au logement des personnes en situation de handicap mais aussi, et il faut insister sur ce point, pour permettre aux personnes handicapées de rendre visite à des amis, à des parents dans des logements accessibles.

Du point de vue de l'accessibilité, notamment pour les personnes en fauteuil, nous avons fait des progrès, mais on ne peut s'en satisfaire, car il reste beaucoup à faire et nous allons le faire.

Cela n'est pas une formule optimiste, mais nous pouvons nous féliciter de voir que tous les projets de construction, réhabilitation, rénovation ont sur leur cahier des charges la question de l'accessibilité. Ce n'était pas une évidence il y a quelques années. Je l'ai souvent rappelé, quitte à insister parfois lourdement dans certaines commissions ou conseils d'administration, certains collègues en sont témoins.

La future Place de la Bastille aura son quadrillage de bandes de guidage pour les personnes malvoyantes, ses trottoirs abaissés pour les personnes ayant des problèmes de mobilité. C'est une avancée autant qu'une nécessité.

Je nous invite à ne pas attendre les grands travaux pour améliorer l'espace. Parfois, retirer des petits obstacles comme un horodateur mal placé, un pied d'arbre, une terrasse de café trop encombrante, cela peut faciliter la vie de beaucoup de personnes handicapées. Le handicap est multiple, divers, et rendre accessible aux fauteuils roulants une place, une école, un ERP, ou un autre lieu de vie ne règle pas tous les problèmes auxquels nous pouvons être confrontés.

Il y a quelques semaines, les sourds manifestaient de République à Bastille. Ils dénonçaient les difficultés d'accès à l'éducation, au travail, aux services publics et aux médias, très peu traduits en langue des signes.

"Je suis une personne, pas une oreille", comme l'a dit le porte-parole du collectif E.C.S.C.S., Ensemble contre la sous-citoyenneté des sourds, qui déplore qu'à l'école, les instituteurs qui enseignent la langue des signes en français n'ont pas un niveau suffisant.

Il faut mettre un accent particulier sur la scolarité, des petites classes à l'université. La scolarisation est un droit. C'est écrit dans la loi de février 2005. Comme nous le voyons, cette loi n'est pas une fin en soi. Alors oui, le nombre d'AVS est en augmentation, mais ce n'est pas suffisant.

Comme le déplore Olivia CATTAN, présidente de "SOS Autisme", qui est devenue par la force des choses l'AVS de son fils, l'intégration des enfants autistes à l'école est de 20 % en primaire. Ce sont des métiers extrêmement difficiles, qui doivent être davantage valorisés pour multiplier les vocations. Cela permettra à un plus grand nombre d'enfants handicapés d'être scolarisés dans les petites classes, collèges et lycées comme à l'université.

Vous avez raison de dire que l'accès à l'enseignement supérieur et la mise en accessibilité des universités sont des enjeux majeurs. Le témoignage de cet étudiant qui voulait s'inscrire en école de journalisme et qui s'est vu recaler avec ce petit message est édifiant : "Votre candidature a retenu notre attention, néanmoins, les locaux de l'école comportent de nombreux escaliers, y compris l'accès de la rue. Cela risque d'être compliqué et difficile pour vous".

Je mets en exergue ces mots "pour vous". Le jour où le problème de ce garçon deviendra leur problème, notre problème, tout deviendra plus simple. Ce jeune garçon a émigré au Texas où une université a pu l'accueillir.

Nous devons nous donner les moyens de garder à Paris les enfants autistes qui finissent par aller en Belgique, faute de place, ou ces étudiants qui ont toutes les capacités pour réussir leur avenir à Paris.

La question du handicap est une question transversale. Sur cette question de l'accès à l'université, je ne m'adresse pas qu'à notre collègue Nicolas NORDMAN, mais à Marie-Christine LEMARDELEY.

Quand pour les cas de sclérose en plaque ou de maladie de Charcot, on vient nous voir en mairie pour trouver une solution de logement, car monter les étages à pied est devenu impossible, on s'adresse à Nicolas NORDMAN, mais aussi à Ian BROSSAT.

Les exemples sont multiples et le handicap doit apparaître partout pour que des solutions soient trouvées partout.

J'ai le sentiment que nous sommes sur la bonne voie. Je veux en tout cas l'espérer.

Ce soir, nous célébrerons ensemble la clôture du "Mois parisien du handicap". Je veux remercier Nicolas NORDMAN pour cette belle édition durant laquelle j'ai eu l'honneur d'inaugurer dans le 4e arrondissement le 15e Conseil Local du handicap avec Ariel WEIL. Je crois profondément que du local, du terrain, s'inventera, se construira le Paris accessible de demain.

 

Karen Taieb 

juillet 2018