interventions en conseil de Paris

Mai 2014

1994 restera à jamais l'année meurtrière, l’année qui aura emporté, dans l'indifférence du monde, plus d’un million d'enfants, d'hommes et de femmes traqués, exterminés parce que tutsis. Un crime contre l’Humanité, un génocide qui a, une fois de plus, endeuillé l'humanité toute entière.

D'avril à juillet 1994, trois mois, au Rwanda, on a tué par milliers dans les collines, on a tué partout, y compris dans les écoles, dans les églises et les hôpitaux. Ces lieux où les Tutsis pensaient être à l'abri furent transformés par leurs bourreaux en territoires de massacres, "des sanctuaires transformés en abattoirs", pour reprendre les mots de Kofi ANNAN dans son discours de 2004.

Les Tutsis furent partout pris au piège. Là où des barrières s’érigeaient dans le pays, on y filtrait la population par contrôle d'identité et, si la carte mentionnait à la ligne "ethnie", l'origine tutsie, ils étaient tués sur le champ.

Une pratique qui n'est pas sans rappeler le mot "juif" sur la pièce d’identité de ceux que l’on raflait dans nos rues et nos immeubles pour les amener vers les camps de la mort.

Je veux d'ailleurs saluer le mémorial de la Shoah dans le 4e arrondissement, pour son hommage aux Tutsis, à l'occasion du 20ème anniversaire du génocide, et son exposition qui se tient actuellement dans ses murs et que je vous invite vivement à aller voir. Des images d'atrocités, des témoignages insoutenables, un million de morts entre avril et juillet 2014, massacrés à la machette, à la serpette, à la massue, outils agricoles du quotidien. Dans un Rwanda où le racisme anti-Tutsis s’exacerbait depuis des décennies, on a massacré les Tutsis, celles et ceux qui avaient des liens de parenté ou d’amitié avec eux, ceux qui ressemblaient physiquement à des Tutsis. 53,7 % des victimes étaient des enfants et des jeunes de 0 à 24 ans.

La cruauté est telle que des bébés étaient écrasés vivants contre les murs. Des familles entières décimées, des corps mutilés entassés. En juillet 1994, le Rwanda est un charnier à ciel ouvert.

Si, depuis 1995, le 7 avril marque le début d’une semaine de deuil national au Rwanda, cette date est celle où des représentants de la Ville de Paris assistent aux cérémonies de commémoration du génocide des Tutsis, aux côtés de l'association Ibuka France.

Pour ne jamais oublier, pour la mémoire de ces enfants, de ces hommes et de ces femmes cruellement arrachés à la vie, pour que les survivants puissent se recueillir en paix, je remercie Paris de dédier une stèle en leur mémoire au Père Lachaise.