interventions en conseil de Paris

20 octobre 2014

Cette communication fait un diagnostic de la santé à Paris et propose un plan de traitement avec pour premiers objectifs d'effacer les inégalités sociales en matière de santé, de renforcer aussi la concertation et l'échange avec les Parisiens dans un domaine qui les concerne de près et de continuer d'améliorer leur prise en charge.

Je voudrais tout d'abord remercier la Maire de Paris et son adjoint Bernard JOMIER pour cette vision très citoyenne de la politique parisienne de santé.

À Paris, nous avons l'excellence des hôpitaux universitaires et de la recherche, une médecine de très grande qualité dont nous pouvons être fiers, mais aussi des inégalités, des urgences qui saturent, des médecins généralistes qui désertent la Capitale, des maladies émergentes liées à la pollution, le petit cadeau de la vie qui s'allonge avec la maladie d’Alzheimer, la santé des aidants qui tombent malade à leur tour, le sida encore trop présent malgré des années d'action de prévention - pas assez -, les cancers, ceux pour lesquels il existe un dépistage organisé, et les autres, une consommation inquiétante d’alcool et de cannabis chez les jeunes, et même parfois très jeunes …

Les Assises parisiennes de la santé, démarreront dès 2015 et se termineront en 2016, et nous pouvons nous en féliciter

En médecine on ne le répète jamais assez : on ne soigne pas une maladie mais des personnes, et il est important de remettre au centre des débats de santé les personnes concernées par la maladie, qui ont un vécu et des choses à dire sur leurs parcours de soins, l'accueil, l’aide obtenue, les lacunes à combler mais aussi les associations remarquables, créées la plupart du temps par des personnes qui n'ont pas trouvé de réponse à leur problème à un moment donné et qui veulent offrir à d'autres ce qui leur a cruellement manqué.

L'implication, pour ces assises, de tous les acteurs est nécessaire : médecins, patients, personnel médical, associations… La participation active au niveau des arrondissements est essentielle et elle est prévue dans cette communication, Madame KOSCIUSKO-MORIZET - on ne vous a pas attendu pour cette idée !

Il s'agit de faire émerger des problématiques parisiennes mais aussi d'envisager et engager une politique de santé consciente des nouveaux besoins et capable d'anticiper. Je prends pour cela l'exemple de la maladie d’Alzheimer. On a de toute évidence perdu du temps, il y a quelques années, alors que des lumières clignotaient et indiquaient le caractère insidieux de la maladie. Le nombre de centres d'accueil de jour ouvrait alors au compte-gouttes alors que la maladie, elle, gagnait du terrain. Nous avons, au cours des précédentes mandatures, créé des centres d'accueil, mais nous devons aller encore plus loin et favoriser notamment la formation des auxiliaires de vie, un métier d'avenir. Les aidants que sont la plupart du temps un conjoint, une fille ou un proche, ne peuvent tout supporter seuls.

Paris doit continuer son action en faveur de la prévention et du dépistage à tous les âges de la vie : cela est nécessaire. Nous pouvons nous féliciter de l'engagement du Département de Paris pour le dépistage scolaire. Comme cela est rappelé dans la communication, nous avons à Paris 1 médecin pour 3.200 élèves contre 1 pour 8.000 en moyenne en France.

Le Département de Paris a par ailleurs maintenu son dispositif de prévention bucco-dentaire en milieu scolaire et il n’est plus à prouver que la prévention a permis de réduire considérablement le nombre de caries par enfant. Selon l'Union française pour la santé bucco-dentaire, on est passé de 4,2 caries par enfant de 12 ans en 1987 à 1,2 en 2006 : c'est dire si le dépistage joue son rôle.

En matière de dépistage, Paris est au cœur d'actions essentielles et exemplaires. Dépistage du sida, de la tuberculose, du cancer. Nous sommes d'ailleurs en octobre rose, couleur de lutte contre le cancer du sein et comme chaque année, la Mairie de Paris soutient la campagne d'information en faveur du dépistage organisé du cancer du sein. C’est un engagement fort et d'autant plus important que le cancer du sein, s'il est pris à temps, se guérit dans 85 à 90 % des cas. Nous devrions cependant réfléchir à une communication envers nos aînés de plus de 74 ans, car si le dépistage organisé s'arrête à cet âge, le risque de cancer en général reste entier jusqu'à la fin de la vie.

Plus de 2.300 personnes bénéficient d'un dépistage de la tuberculose, une maladie que l’on croyait rangée au placard des vieilles maladies, et qui touche pourtant environ 8.000 nouveaux cas chaque année et fait 700 victimes en France. Les facteurs de risque étant l'alcool, la dénutrition, le déficit immunitaire et Paris est notamment touchée par cette maladie.

Autre dépistage, celui du VIH. L'O.M.S. vient de proposer un objectif de taille à la communauté internationale : mettre fin au sida. Objectif : Zero nouvelle infection, Zero discrimination, Zero décès. Paris se doit d'être à ce rendez-vous de l'efficacité tant attendu par toutes celles et tous ceux qui en souffrent. L'expérimentation de la salle de consommation à moindre risque va d’ailleurs dans le sens de moins d'infections, mais aussi dans le sens de la lutte contre la toxicomanie, dont les premières victimes sont, faut-il encore le rappeler, les toxicomanes eux-mêmes.

D'autres fléaux pèsent encore, et notamment chez les jeunes : c’est l’alcool et le cannabis. Selon l'enquête ESPAD, coordonnée en France par l’OFTD, les premières expérimentations de cannabis sont observées dès la classe de quatrième, avec 11 % des élèves. Cela double en troisième et de nouveau en seconde, l'usage régulier pouvant dépasser les 10 fois par mois. Il faut attendre la terminale pour observer une inflexion, mais selon une étude néozélandaise, cette consommation entraîne une altération des performances intellectuelles trop souvent à l’origine d’échec scolaire et de ses conséquences.

L’alcool et son corollaire, le "binge drinking", ont des effets dévastateurs: coma éthylique, perte de contrôle, comportements violents et impulsifs, accidents de la route, faiblesse face aux manipulations et violences physiques, morales ou sexuelles. Associer les jeunes aux Assises parisiennes de la santé d'ici à 2016 me paraît plus que fondamental pour parler sans tabous de tous les sujets qui les concernent.

Je terminerai par un sujet que j’ai abordé de nombreuses fois durant la précédente mandature : les urgences à Paris, vaste sujet. On attend encore beaucoup trop longtemps aux urgences, et cela est mauvais pour tout le monde : pour le personnel hospitalier épuisé, qui tente de faire de son mieux en fonction des urgences les plus urgentes ; et pour les patients qui désespèrent, certains en deviennent violents. Si toutes les urgences ne revêtent pas un caractère de gravité, on ne peut se permettre de prendre le risque de passer à côté, et nous avons tous en mémoire le drame de Cochin.

L'un des axes forts du plan stratégique 2015-2019 de l'A.P.-H.P. sera l'amélioration des urgences, à savoir diviser par deux le temps moyen d'attente aux urgences,  ne pas laisser les patients seuls trop longtemps, ou diminuer le temps d'attente au 15. Bref, nous aurons, j'imagine, d'autres occasions d'en reparler.

Si la question de l’aval des urgences a souvent été considérée comme le nœud gordien, vous abordez dans cette communication celle de l'amont, et il est vrai que régler ce point sera à n'en point douter un moyen efficace de désengorgement des urgences. Plus de maisons médicales de garde, plus de secteur 1 aura forcément, en tout cas je l'espère, un impact positif.

Enfin, je garde néanmoins l'amertume de la fermeture des urgences d'Hôtel-Dieu, qui accueillaient 40.000 personnes par an. Les élues républicaines et socialistes ont toujours été aux côtés de celles et ceux qui se sont battus pour le maintien des urgences sur ce site du Centre de Paris extrêmement fréquenté.

Aujourd'hui, nous pouvons dire en tout cas que ce grand corps affaibli à coups de fermetures de lits et de services, et qui manquait de mourir le 4 novembre dernier, a ressuscité avec notamment l’accueil de patients nécessitant des soins non programmés, des activités d'éducation thérapeutique, des lits de soins de suite, un service de psychiatrie …

Je veux surtout en remercier la Maire de Paris, Anne HIDALGO, tout particulièrement, pour son courage, son sens de l'écoute et son obstination devant un sujet si complexe, mais aussi et surtout, le personnel hospitalier auquel Marinette BACHE et moi-même voulons rendre hommage aujourd'hui, et je terminerai en disant : espérons que Bichat-Beaujon n’aura pas besoin de soins palliatifs !